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L'Atlas est un document de connaissance partagée qui permet de traduire sur le territoire le terme de Paysage défini par la Convention européenne : "partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l'action de facteurs naturels et/ou humains et leurs interrelations".

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Carnet margeridien

Voyager à bord de l'atelier mobile n'est pas de tout repos. En route, l'œil scrute le paysage de manière à repérer de grands invariants, des indices de transformation, ou des situations qui révèlent la diversité des pratiques d'aménagement. À l'arrêt, la pratique du dessin permet de fixer quelques impressions, d'établir des repères, tandis que le travail de la main accompagne des idées naissantes, des façons de "raconter" le paysage.

 

 

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1/ Les trois étages margeridiens. Au premier plan, Saugues domine un vaste "bassin", très cultivé et ouvert. Cette ouverture donne l'impression que Saugues occupe une vaste clairière. La ville s'étend peu à peu, principalement sur sa crête, mais aussi de façon plus désordonnée. Des isolats apparaissent de chaque côté, constructions individuelles, équipements, petites zones d'activités. À l'arrière-plan, les deux étages suivants : il y a d'abord un piémont constitué par une multitude de boisements, de champs, de pâtures ; ensuite, une vaste crête très érodée, essentiellement forestière. L'enchaînement des monts constitue cette longue échine montagneuse qui court en direction de la Lozère.

 

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2/ L'Allier invisible. En remontant ces différents gradins, et en se retournant, on voit… qu'on ne voit pas un élément qui définit pourtant "en creux" cette région : la profonde incision de l'Allier. Peu de villages de la Margeride offrent une position de surplomb sur les gorges : elles sont absorbée, absentes, tandis que les volcans du Devès, qui se situent de l'autre côté semblent voisiner avec ce plateau. La Margeride est un monde en soi : ce que ressentent peut-être les milliers de pélerins qui traversent chaque année la région, entre Monistrol-d'Allier et le Sauvage.

 

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3/ D'autres vallées. Vallée du Panis, entre Thoras et Saint-Préjet-d'Allier. Avant l'encaissement brutal vers les gorges, ces vallées sont habitées, mises en valeur, pâturées, exploitées par l'homme. La permanence des pratiques agricoles de parcours sur des landes granitiques, d'émondage des frênes, l'imbrication des bois et des prairies fabrique un paysage original, sans égal : combien d'autres territoires, à conditions voisines, se sont boisés au cours des dernières décennies ? On traverse des villages silencieux, desquels de nombreux services se sont retirés ou ont été fermés. Mais le paysage agricole de la Margeride parle encore de l'action de l'homme sur cette montagne : il fait un peu du bruit que les enfants ne font plus dans les cours d'école de Thoras, de Chanaleille, de Venteuges…

 

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4/ De près, de loin. Il faut saisir en Margeride l'imbrication, la fragmentation, les superpositions d'usage pour comprendre l'ordre qui se cache derrière l'apparente diversité du visible. On cultive à ces étages du seigle ; plus haut on travaille sous les arbres, à l'automne, au moment des champignons. On ramassait (et on ramasse encore) toutes sortes de choses : du lichen, des fleurs, des racines… relire Cueillir la montagne* avant de passer au blanc-limé**…

 

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5/ On sait quand on quitte la Margeride. Ces multiples imbrications cèdent la place à un paysage rationalisé, "binaire" au sens où l'espace cultivé est ramassé d'un seul tenant sur des plateaux, des croupes, surplombant de profondes vallées boisées. Dans cette partition franche de l'espace, ce sont les milieux intermédiaires qui ont disparu : haies, lisières, milieux secs des murs, etc.

 

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6/ Ce qui "borne" cette région : les "deux" vallées de la Desges. Pourquoi deux ? Il y a la Desges des altitudes, entre Auvers, Paulhac, au pied du Mont Mouchet : une vaste clairière, donnant accès aux plus hautes forêts. Et plus bas, il y a la Desges qui borde et délimite le massif margeridien, granitique. En traversant la vallée, on passe du granite à des séries métamorphiques à l'intérieur desquels on a percé quelques mines. La vallée s'accommode de quelques épisodes volcaniques qui perturbent son V régulier : Pébrac s'accroche au basalte, les moutons aux pentes. Cultiver aujourd'hui dans la vallée de la Desges, c'est un projet en soi. Ce qui s'invente ou peut s'inventer dans ces espaces mérite d'être considéré avec attention : à la Révolte, à la Thuile des Fées, et plus récemment à Combeuil.

 

Entre ces deux vallées, celle du haut et celle du bas, il n'y a pas de passage, à moins de longs détours. Quelques conduites forcées y parviennent peut-être. Pour créer de l'immensité, des marges, il faut parfois accepter que nos routes puissent se terminer en impasses…

 

* de Raphael Larrère et Martin de la Soudière, réédité en 2010 (Ibis Press)

** Vin blanc et limonade

 

2001 Desge

Ce dessin, pris entres Desges et Chazelle, date de 2001 : comment évoluent les landes du versant sud ?

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