L'Atlas est un document de connaissance partagée qui permet de traduire sur le territoire le terme de Paysage défini par la Convention européenne : "partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l'action de facteurs naturels et/ou humains et leurs interrelations".
La convention européenne des paysages est sans ambiguïté. Elle met clairement en avant que les questions de paysages doivent être abordées pour et à partir des populations concernées. Et ceci de manière concrète, sur la base de l'expérience que les habitants d'un territoire font de leur environnement quotidien.
Elle indique donc le sens de la marche à suivre concernant la fabrication d'un atlas régional des paysages en positionnant ainsi le cadre de vie au centre de la problématique de connaissances des paysages et en écartant d'emblée des méthodes de travail qui pourraient se passer de dire et de faire voir les singularités auxquelles sont confrontés les habitants d'un territoire dans leur vie quotidienne.
Il faut tout d'abord faire un effort pour parler simplement des questions de paysage.
Un moyen pour cela est de revenir à un vocabulaire qui permette de faire un lien direct entre les questions de paysage et celles d'aménagement et de gestion du territoire.
A différents niveaux, à différentes échelles, de manière plus ou moins officielle, plus ou moins motivées par des intérêts collectifs ou individuels, les habitants de l'Auvergne, qu'ils travaillent comme agriculteurs dans un champ, comme fonctionnaires dans une administration de l'état, qu'ils cultivent simplement des fruitiers sur leurs façades ou dans leurs jardins, qu'ils dirigent une grande entreprise de travaux publics ou conduisent une épareuse... "aménagent" les territoires auvergnats. Leurs projets ou leurs actions au quotidien, contribuent à préserver, gérer ou faire évoluer les usages et l'apparence des territoires auvergnats. Il y a un lien direct entre ce que chacun fait et l'apparence des paysages et leur évolution.
Il faut tout simplement identifier des formes d'aménagement.
Pour montrer des formes d'interrelation entre l'homme et son environnement, un moyen est donc tout simplement de commencer par observer et rendre compte de manière précise de ce que font les hommes dans ces territoires. Autrement dit, identifier les diverses manières dont ils "occupent" le territoire.
Celles-ci peuvent être facilement appréhendées par trois actions simples :
1. Les manières dont les hommes s'installent quelque part ;
2. Les manières dont ils aménagement ce quelque part ;
3. Les manières dont ils le gèrent.
On peut regrouper ces trois grands modes d'occupation du territoire sous une appellation générique. Ce sont en quelque sorte des "formes d'aménagement" si l'on envisage le terme aménagement sous un angle très large. C'est-à-dire en remontant jusqu'à sa racine et à l'acte lui-même d'aménager.
Adopter une idée large de l'aménagement.
Il faut partir de l'idée que dés que quelqu'un s'arrête quelque part, cherche du regard une pierre pour s’asseoir et en choisit une plutôt qu'une autre en fonction de critères simples de l'ordre de la taille, de la proximité, de son exposition au soleil ou aux intempéries, de la vue que l'on peut y avoir ou de l'abri qu'elle procure, on a là déjà affaire à une forme d'aménagement du territoire et il est déjà question de paysage. Cette forme ne concerne en l'occurrence qu'une personne mais c'est du même mécanisme qu'il s'agit quand, de manière plus complexe, une administration de l'Etat, une entreprise de travaux publics et des bureaux d'étude d'ingénierie civile proposent l'aménagement d'une autoroute... Du choix d'une pierre pour s’asseoir à la construction d'une autoroute, il y a une grande variété de formes et de situations d'aménagement
C'est en exposant tous les comportements d'aménagement ou de gestion qui ont des conséquences, petites ou grandes, sur la vie des habitants d'un territoire et sur la perception qu'ils en ont, en les décryptant de la manière la plus fine possible, qu'il est possible de rendre compte des diverses formes de relations que l'homme entretient avec son environnement et de commencer à saisir les raisons et logiques qui nous ont menés vers tel type de paysage plutôt que vers tel autre. Bref, dit plus simplement, des éléments pour comprendre pourquoi on en est arrivé là.
L'atlas des paysages peut prendre une forme simple et pratique : celle d'un inventaire ou d'un catalogue des formes d'aménagement actuelles en Auvergne, majoritaires ou minoritaires, petites ou grandes, ayant un impact faible ou grand sur les territoires. Car on peut les présenter comme des expressions claires des formes diverses et variées de relations entre l'homme et son milieu. L'atlas doit donc être une sorte de tableau actuel, en 2011, des façons dont les hommes s'installent, apprécient, exploitent, gèrent, aménagent, préservent les territoires auvergnats.